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Un
Zodiaque sur le mont Scorpion
Il n'est pas rare que certaines églises fassent un
clin d'œil à l'astrologie dans les bas-reliefs
des tympans, par une représentation des quatre évangélistes
associés aux quatre signes astrologiques fixes : Luc
à coté du Taureau, Marc près du Lion,
Jean de l'Aigle (symbolisant le Scorpion avant la chute) et
enfin Mathieu près d'un personnage rappelant le signe
du Verseau. Rien de tel à l'extérieur de l'abbatiale
romane de Sainte Marie Madeleine de Vézelay. Il faut
chercher pour trouver, et l'esprit pénétrant
et curieux d'Hadès nous est indispensable.
Pour commencer, on peut noter que l'abbatiale repose sur une
colline au nom évocateur, que l'on trouve dans les
archives franciscaines du XVIème siècle: le
« Monte Scorpio ». Il est vrai que la vision aérienne
de la colline, en fournit la preuve indiscutable : la forme
de l'arachnide est évidente.

Le promontoire sur lequel s'élance l'abbaye nous invite
à nous élever davantage. Le ciel étoilé
de l'été, un 22 juillet par exemple, date anniversaire
de Marie Madeleine, est particulièrement propice à
cette recherche. C'est donc tout naturellement que nous découvrons
au dessus de la basilique, la constellation… du Scorpion.

Ajoutons que, à l'image d'Hadès, condamné
à errer la moitié du temps dans les entrailles
de la Terre et l’autre moitié au-dessus, cette
constellation n'est visible sous notre latitude qu'à
moitié ! Et pour conclure sur ce point, rappelons que
l'étoile la plus brillante du Scorpion est Antarès.
Rouge comme Mars, Antarès est son rival, d'où
son étymologie: anti-Ariès. Et elle finira par
arriver à ses fin avec le remplacement de Mars par
Pluton.
La construction de Vézelay est également plutonienne
en ce sens que la transformation est omniprésente.
Ainsi l'abbatiale sera dans un premier temps construite au
pied de la colline, sur la vallée de la Cure (ça
ne s'invente pas !) avant d'être définitivement
édifiée sur le mont Scorpion. Son fondateur
est aussi dans cette logique, puisque Girard de Roussillon,
Vassal du Roi de France, va abandonner sa mission marsienne
de guerrier pour se consacrer à son projet de construction
d'un monastère.
Une fois devant l'abbatiale, rien ne nous fait songer à
l'astrologie. Il faut pénétrer dans le narthex
(ou avant-nef) pour réaliser que l'astrologie est bien
présente à Vézelay. C'est là que
l'on découvre la première allusion en notant
que le narthex est basé sur le carré de Saturne:
3 X 3. N'entrons pas dans le détail, qui relève
des bâtisseurs et du plan énergétique,
mais notons simplement cette appellation. Ensuite attachons-nous
au tympan.

On
découvre que chaque signe zodiacal est relié
à un travail quotidien. Ainsi en décembre, période
du Sagittaire, le paysan tue son porc.
Avec 12 signes et 12 travaux nous obtenons la situation temporelle
de 24 heures. Il faut ajouter 5 médaillons et demi
qui ne concernent pas réellement l'astrologie (mais
sur lesquels nous reviendrons dans quelques instants) et on
obtient: 29 médaillons et demi gravés sur ce
tympan.
Il est surprenant que l'on puisse lire dans de très
sérieux ouvrages que les constructeurs se seraient
trompés puisque la courbe ovoïde ne serait pas
divisées harmonieusement en deux partie égales
! Qu'en est-il réellement de ce chiffre de 29,5, parce
que l'on saurait croire en regardant cette dentelle de pierre
que les tailleurs de pierre se soient tout bêtement
trompé. Délaissons les motifs relevant d'autres
sciences comme le cycle de maturation réelle alchimique,
pour rappeler que 29,5 correspond exactement à la durée
entre deux pleines lunes (29,5 jours) et à la révolution
de Saturne (29,5 ans).
Le calendrier zodiacal couronne une composition certes très
intéressante, mais qui ne préoccupe pas l'astrologie.
En revanche, on observe que les contraintes de l'architecture
empêchent son habituelle représentation en cercle.
Et ce qui nous interpelle davantage est qu'elle ne commence
pas par le point vernal, le signe du Bélier. Nous trouvons
donc une courbe ovoïde avec une sorte d'effet miroir.
En effet, à la base, face au Verseau, nous trouvons
le Capricorne, face au Poissons le Sagittaire, etc. Il est
difficile d'avancer avec certitude les raisons de ce choix.
On peut y voir une symbolique chrétienne parce que
les signes qui encadrent le Christ dans ses mains sont ceux
de l'été, où le Soleil du Lion est au
plus haut en Cancer. Ou encore alchimique parce que l'on commence
des signes les plus froids pour aller vers les plus chauds.
Il est délicat de répondre aux motivations des
bâtisseurs.
Pour l'astrologue, on pourrait avancer que c'est une façon
très simple d'apprendre les maîtres des signes
à une époque ou l'on travaille seulement avec
les seules planètes visibles à l'œil nu.
Nous partons donc de la planète la plus éloignée
pour arriver aux luminaires. Ainsi on a : Verseau-Capricorne
(Saturne) ; Poissons-Sagittaire (Jupiter) ; Bélier-Scorpion
(Mars) ; Taureau-Balance (Vénus) ; Gémeaux-Vierge
(Mercure) et enfin Cancer-Lion pour la Lune et le Soleil.
Une pédagogie initiatique intéressante que l’on
retrouve parfois dans certaines représentations médiévales
des maîtrises planétaires, comme ci-dessous.

L'astrologie est donc connue et reconnue dans l'abbatiale
de Vézelay. N'est-ce pas l'occasion de souligner cette
union de l'astrologie avec l'art sacré, d'être
surpris de la reconnaissance officielle de cette discipline
et surtout de la populariser au point qu'elle fasse partie
de la vie quotidienne de tous ?
Effectivement le pouvoir royal ne la censure pas. Pas encore.
On sait que ce sera Colbert en 1666, (quel chiffre!) qui interdira
l'enseignement de l'astrologie. Mais qu'en est-il de l'Eglise
en ce XIème siècle?
Dans le contexte de l'époque, Bernard de Clairvaux,
(qui viendra à Vézelay prêcher la deuxième
croisade), critique l'abbatiale pour sa longueur exagérée
et ses somptueux ornements. Néanmoins, s'il réserve
une architecture monastique austère encadrant une vie
spirituelle exigeante, il accepte l'architecture épiscopale
destinée à attirer le peuple. Mais il est pour
le moins surprenant d'autoriser, et même d'officialiser
l'astrologie, pourtant mis au ban de la société
par l'Eglise lors du concile de Tolède dès 447
! Quoi qu'il en soit Vézelay (et Autun qui possède
le même zodiaque) intègre l'astrologie dans le
quotidien de tous, en accouplant chaque signe zodiacal à
un travail particulier.

Ainsi
on taille la vigne en Bélier, on fauche en Gémeaux
(ci-dessus) et on moissonne en Lion. Si l'on ne sait pas décrypter
un livre à cette époque, en revanche on lit
l'astrologie! On n'ignore donc pas que, lorsque le temps des
vendanges arrivera, le Soleil sera dans la constellation du
Scorpion. L'adjonction aux médaillons des travaux des
mois, rappelle l'union de l'homme avec le cosmos. Ce n'est
pas théorique : on vit différentes forces, on
les ressent et on parcourt ces 12 étapes consciemment.
A cette époque l'homme n'a pas notre actuelle vision
analytique. Il sait qu'il fait partie d'un tout. Pour lui
les signes communiquent entre eux. Est-ce ce que nous suggère
ce Bélier pisciforme qui semble faire la jonction entre
le dernier signe du point vernal avec sa queue de poisson
et son corps de Bélier ?

L'agriculteur
ou le vigneron traversent le zodiaque comme un parcourt initiatique.
Plus que de savoir à quel signe ils appartiennent,
leur préoccupation est de s'harmoniser avec tous les
signes qu'ils traversent. Tous. Et cette harmonie est sans
doute symbolisée par le médaillon central, qui
figure juste au-dessus du Christ et que l'on appelle le retournement
ou encore l'acrobate. En effet, le personnage amenant avec
ses mains ses pied à sa tête, l'astrologue comprend
parfaitement le symbolisme de ce médaillon: la boucle
est bouclée. L'Homme a été capable de
parcourir le zodiaque de la tête (Bélier) aux
pieds (Poissons). L'analogie avec le très ancien Ouroboros
est évidente.
Clin d'œil à la grue, oiseau migrateur gravé
dans le « demi-médaillon », il renferme
en même temps les idées de mouvement, de continuité,
et d'éternel retour. Aujourd'hui les médaillons
zodiacaux ne sont guère plus qu'une curiosité
touristique ou un moment d'admiration devant cette dentelle
de pierre. Pour l'astrologue, une attention particulière
peut être donnée à certains. Ainsi on
marque un temps d'arrêt devant le signe du Cancer, qui
est représenté par une écrevisse.

Le mot Cancer vient du latin “cancri”, qui signifie
d'abord écrevisse, puis crabe, tumeur ou chancre. On
peut regretter qu'il soit à notre époque synonyme
de maladie, ce qui n’est guère encourageant pour
les natifs de ce signe. Symboliquement il est difficile de
ressentir le Cancer : en quoi l'Eau, par exemple serait-elle
contenue dans le Cancer ? En revanche l'écrevisse est
d'une richesse extraordinaire dans sa symbolique et correspond
bien au Signe et à la Maison IV. Citons par exemple
son déplacement qui, s'effectuant de nuit, nous fait
songer à son gouverneur : la Lune. De même, en
creusant des puits dans le sol, elle indique sa position sur
le zodiaque : le bas ; elle préfère les cours
d'eau allant vers l'est ou l'ouest car elle n'aime pas la
Lumière de midi (son opposé, le Fond du Ciel)
; elle se déplace à reculons en repliant sa
queue, ce qui nous fait songer au retour vers le passé.
Et pour conforter ces quelques exemples, citons encore les
jeunes écrevisses qui s'accrochent aux pattes de la
mère, symbolisant la famille. Enfin son domaine aquatique
nous rappelle bien qu'il s'agit d'un signe d'eau (salée
!) et donc des émotions : on rit aux larmes…
quand on ne rougit pas ! Ce début de réflexion
indique clairement que les bâtisseurs n'avaient pas
choisi la première étymologie latine par hasard.
Il semble qu'elle soit toujours aussi pertinente.
Enfin on peut s'interroger sur la représentation pisciforme
des certains signes: le Bélier, comme on l'a évoqué,
mais aussi le Taureau, le Capricorne.
Les ouvrages touristiques - et même artistiques - nous
renseignent : ce sont des « créatures imaginaires
», « exotiques » etc. Pour l'astrologue,
une supposition peut être avancée : en soulignant
l'aspect « Poissons » de plusieurs signes, les
tailleurs de pierres n'ont-ils pas souligné l'ère
de l'époque ? Les astrologues égyptiens déjà
avaient noté ce point, comme on le voit sur le zodiaque
de Denderah avec un Capricorne à queue de poisson (voir
ci-dessous).

Il semble qu'il vaille mieux raisonner en terme d'ère,
plutôt qu'à partir de la notion d'humain. Autrement
dit, la date de naissance, probablement très symbolique
de 25 décembre, ne nous intéresse pas ici. Rien
à Vézelay ne met en avant le signe du Capricorne.
C'est en tout cas ce que nous indique le zodiaque de pierre
: d'une part avec les Bélier, le Taureau et le Capricorne
pisciformes, ensuite avec le signe lui-même qui souligne
la dualité avec un poissons lisse et un avec écailles,
et enfin avec cette sirène mise en exergue de par sa
position au dessus du Christ (page suivante).
Et justement, que lit-on «en Poissons » dans le
ciel de 1037 date de la fondation de l'abbatiale, et le 22
juillet 1037 plus particulièrement puisqu'il s'agit
de la date anniversaire de Marie Madeleine ?

Le
Soleil est logiquement en Lion, Vénus est en Gémeaux,
Mars en Cancer. Mais puisqu'il s'agit d'une construction qui
devait marquer les générations (la basilique
a été inscrite au patrimoine mondial de l'Humanité
par l'Unesco en 1979), on préférera s'interroger
sur les trans-saturniennes. Invisible à l'époque,
Uranus est en Lion. Planète rebelle, elle semble remettre
le pouvoir royal (Lion) en question, même si celui-ci
est omniprésent (Soleil en domicile). Il faut reconnaître
qu'il était révolutionnaire à l'époque
de présenter un travail plus mystique que religieux.
Pluton en Capricorne nous invite, comme Neptune, à
un parallèle avec le retour de ces deux planètes
dans ces signes dans les années à venir. Pluton
a sans doute aidé à bousculer l'autorité
politique, malgré l'énorme difficulté
de contourner cette force politique représentée
par le pouvoir royal et la religion.
Mais c'est sur l'axe Poissons-Vierge que notre intérêt
se porte. D'une part, Mercure (en domicile) et Saturne sont
en Vierge. Ensuite les deux maîtres des Poissons sont
en domicile : Jupiter (conjoint à la Lune Noire), et
à 13° du futur gouverneur: Neptune.
Le signe de la Vierge nous fait naturellement songer à
Marie, et la constellation s'efface pour laisser la place
au Poissons que l'on peut symboliquement associer à
Jésus de Nazareth. Personne n'ignore qu'il est justement
très lié aux Poissons : il fait ses disciples
« pêcheurs » d'hommes, distribue des poissons
à la foule affamée, lave les pieds (zone du
corps correspondant au signe), et le mot «poisson»
(Ichtus en grec) était le cryptogramme qui servait
de signe de reconnaissance aux premiers chrétiens lors
des persécutions. Si en 1037 Neptune indique la piété
de l'époque, et la basilique concrétise la foi
et la prière des Poissons, son retour dans ce signe
en 2012 posera sans doute une question d'importance à
l'humanité. Choisirons nous l'aide de Neptune pour
développer notre sensibilité, notre médiumnité
ou la voie de l'autodestruction?
La question n'était pas si capitale pour les Anciens
du premier millénaire, pour qui Neptune était
aussi invisible que les drogues, le tabac ou la photographie.
Malgré tout son influence était là, comme
l'attestent les bâtisseurs qui ont dépassé
la religion caractérisée par Jupiter Poissons
pour orienter la construction vers une décoration plus
neptunienne, plus mystique. Nous trouvons également
en Poissons, la conjonction Lune Noire-Jupiter. Cette conjonction
indique un aspect collectif et donc transcendant. Elle implique
aussi une possibilité de conflits avec les ordres bien
pensants mais aussi une chance à saisir. On peut imaginer
les bâtisseurs agir dans les brumes neptuniennes pour
réaliser une œuvre en apparence conforme au dogme,
mais avec une lecture subtile à plusieurs degrés.
Ainsi, le Christ est bien représenté, mais jamais
en croix. Au lieu de la tristesse qu'inspire un supplicié,
on voit une scène extrêmement... énergétique.

On conviendra que cette représentation est très
vivante pour une représentation en pierre. On voit
les vêtements des apôtres et du christ flotter.
Par ailleurs, on détaille bien l'énergie sortir
des mains ainsi qu'une frise ondulée au sol pour bien
montrer le « bain énergétique ».
Les pieds sont nus. Habituellement les disciples se distinguent
de Jésus en portant des sandales. Ici il semble que
les pieds nus favorisent le contact avec le sol et ses énergies.
Enfin, rappelant la molécule A.D.N, une spirale sur
la hanche droite tourne dextrogyre tandis qu'une autre tourne
dans l'autre sens sur le genou gauche. Bref, les énergies
subtiles des Poissons semblent bien représentées.
Jupiter en Poissons ajoute une dimension plus mystique et
dépasse la vision dogmatique de l'Eglise romaine.
Il y a du rêve dans cette position mais aussi un aspect
visionnaire indéniable. Pouvait-on ressentir au XIème
siècle, que des Evangiles apocryphes seraient accessibles
à tous et que des livres comme celui de Dan Brown (Da
Vinci Code), des lieux comme Rennes-le-Château, interpelleraient
le monde entier, chrétien ou pas, mille ans plus tard
?
En plaçant, chose rarissime, sur un même plan
Jésus, Marie et Myriam de Magdala sur le portail ouest
de Vézelay, les bâtisseurs étaient-ils
sensibles à cette énergie inspirée du
signe des Poissons ?
Pouvait-on pressentir que l'homme de l'an 2000 évoquerait
une intimité entre le Maître et cette femme,
qui passerait du statut de prostituée à celle
qui est la dernière à le voir avant sa mort
sur la croix, et la première après ? La Lune
en Scorpion, trigone à Jupiter pourrait avoir, au premier
abord, une connotation sexuelle. Mais n'est-ce pas plutôt
le symbole de la transformation de l'homme, non plus uniquement
par la mère (Marie) mais aussi par la femme (Madeleine)
?
Décidément, Vézelay n'a pas fini de nous
amener à nous poser des questions. Sans doute en fonction
de nos transformations… scorpionnesques !
Pierre
Treuil
Article
paru en octobre 2007 dans la revue "GANYMEDE"
(© 2007 Pierre Treuil - tous droits de reproduction,
de traduction et d'adaptation reserves pour tous pays - faire
demande par email)
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